04.09.2010
Revue de presse (qu’île)
« Géographie d’une presqu’île » est sorti il y a maintenant plus de trois mois. Et cela fait près de deux mois que je n’ai pas réactualisé ce blog. Argonville était destiné à être provisoire et s’il restera en ligne aussi longtemps que 20minutes.fr le voudra bien, je ne devrais plus l’alimenter en nouveaux posts.
Ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent. Villiers le Bel continue d’être un champs de tir, Gonesse se transforme parfois en mini Sangate… J’avais en tête encore quelques sujets à mettre en ligne, des ratonnades cachées de mon enfance au racisme anti-blanc qui sévit aujourd’hui dans les cités. Mais à 2000 km de distance, et après 18 mois d’exil, j’ai de plus en plus de mal à m’immerger à Argonville.
J’y reviendrai peut-être plus tard en empruntant de nouvelles voies plus proches de la fiction. Après tout, Fnac comme Virgin ont classé le récit au rayon littérature entre Victor Lazlo, Auguste Le Breton et Michel Le Bris.

Le livre a d’ailleurs été dévalisé dans toutes les fnac de la rive droite la première semaine de sortie grâce à un quart de page parue dans 20 minutes qu’on ne retrouve qu’en PDF mais que j’ai reproduit ici.
Où l’on mesure la force de frappe des gratuits… 20 minutes est d’ailleurs, avec le Parisien, le quotidien régional de Villiers-le-Bel.
La presse gratuite a aussi été la plus réactive de l’autre côté de la Méditerranée puisque qu’un premier article vient de paraître dans Au Fait.
A Paris, Metro m’a proposé une Tribune publiée juste avant que les flingues ne commencent à parler dans la cité des Carreaux.
Si la presse francilienne a été la plus réceptive à l’image du Parisien, la Bretagne ne m’a pas oublié comme je n’ai pas oublié ma grand mère débarquant avec sa valise en carton gare Montparnasse.
J’ai aussi l’occasion de parler un peu d'urbanisme dans le nouvel Obs, et d’évoquer mes copains d’avant chez copainsdavant !
Les articles qui ont suscité le plus de réactions sont bien sûr ceux des sites d’actus. Marianne2 a ouvert le bal avec un article qui a déclanché quelques commentaires raz des pâquerettes, mais ô combien révélateurs de la vision des banlieues.
Mais l’expérience la plus intéressante fut le chat sur le site qui m’héberge. Je craignais une invasion de trolls, mais ils étaient trop occupés par un match de coupe du monde diffusé en même temps que l’interview collective. Les questions étaient d’un très bon niveau, pour les réponses, on a fait ce qu’on a pu !
Il y avait aussi et enfin une critique pertinente et bien tournée de quelqu’un qui me connaît bien sur newzy.fr. Hélas, le site s’est évaporé…
Ce sera tout pour aujourd’hui. Mais je sais qu’un livre a des vies multiples, même quand il semble rangé des rayons. Ce dernier post en témoignera.
Merci d’être venu et à la prochaine.
Eric Le Braz, Casablanca, le 4 septembre 2010
11:31 Publié dans SAV | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : géographie d'une presqu'île, eric le braz, revue de presse
Le premier article
Le 25 mai dernier, cet article paraissait dans 20 minutes (en papier). Il n'était disponible qu'en PDF introuvable, le voici en virtuel pour de vrai.
GRAND PARIS
Villiers-le-Bel, trente-cinq ans plus tard avec des yeux d’adultes.
Eric Le Braz, ancien directeur adjoint de la rédaction
de France-Soir, a fait son collège à Léon-Blum. Il a habité à la Fauconnerie, une cité de Gonesse. Durant un an, le journaliste a pris le RER D, retrouvé ses anciens camarades de classe, ses professeurs, ses voisins. « Le besoin d’écrire ce livre a surgi comme une évidence le 27 novembre 2007, à 7 h et des poussières. Ce matin-là, en allumant la radio, j’entends vaguement le nom de Villiers-le-Bel dans les titres. […] Pour la première fois en banlieue, on a tiré sur des flics », écrit-il.
A contre-courant des clichés formatés sur les banlieues, Eric Le Braz tâche de comprendre pourquoi lui et quelques-uns de sa génération ont décroché ce qu’il appelle leur « ticket de sortie ». L’écrivain aborde sans détour les sujets qui dérangent : le chômage, la violence à l’école, la mixité culturelle, les filles, les bandes…
« J’enjolive ou je noircis ? […] Ce récit n’est pas une enquête rigoureuse. » C’est finalement l’histoire d’une France qui
s’invente au quotidien, en marge de la capitale. « Si j’ai pu retrouver une partie de ma vie dans celle des autres, c’est bien parce que cette banlieue-là ne s’est pas complètement insularisée. J’ai exploré une presqu’île qui ne s’est jamais détachée de Paris et du
monde. Car elle est le monde. »
William Molinié
Géographie d’une presqu’île, retour à Villiers-le-Bel, d’Eric Le Braz, éditions François Bourdin,
290 pages, 17 €.
11:30 Publié dans SAV | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.07.2010
Pourquoi il n'y a pas eu d'intifida à Villiers le Bel
Cette semaine, deux évènements majeurs se déroulent à Villiers le Bel. Un rassemblement prévu demain. Et une émeute… annulée lundi dernier. Car le premier événement est bien un non événement. Tout le monde s’attendait à une flambée de violence à l’issue du procès des « tireurs de flics ». Et il y avait de quoi provoquer un bel embrasement.
Avec des peines de trois à 15 ans de prison à la cour d’assise du Val d’Oise, le verdict est terrible surtout en l’absence de preuves tangibles et irréfutables. Et un procès construit sur un appel à la délation passe mal.
On aurait donc pu s’attendre à une flambée de violence à l’annonce du verdict. Mais voilà c’est Walou. Un simple écœurement règne dans les cités. Pourquoi l’intifida redoutée n’a-t-elle pas eu lieu ?
D’abord parce que les jours précédant le verdict, des Bac aux CRS, toutes les nuances du bleu marine se sont déployées à Villiers le Bel et alentours. En fond sonore, un hélico comme dans le Belfast des années Sunday bloody sunday. Le proc avait beau affirmer que ce procès n’était pas celui de la banlieue, il y avait une véritable force d’occupation dans les cités.
Il y a beaucoup moins de flics les jours ordinaires à Villiers le Bel. Comme la cavalerie, ils arrivent en retard quand une bande d’une vingtaine de jeune blacks de la Zac viennent arroser de bombes lacrymos des pré ados de la Fauco, scène que j’ai vue il y a 18 mois, relatée dans Géographie d’une presqu’île. Ils sont aussi beaucoup moins visibles quand des assyro chaldéens se font caillasser à la sortie de la messe à Gonesse. Ils se font rares quand des lycéens isolés ou des passagers du RER se font rouer de coups, ils arrivent toujours après la bataille quand les commerçants se font braquer… ils appliquent une politique de camps retranchés avec des sorties en bande, sans aucun maillage des quartiers. Regardez le nouveau commissariat de Villiers le bel...
C’est un bunker. C’est le symbole d’une politique sécuritaire qui ne combat pas vraiment l’insécurité. C’est une ligne Maginot, une zone verte. L’exact négatif d’une politique de proximité. Regardez maintenant le local des îlotiers de la Fauconnière à Gonesse : pendant toute mon enquête, je ne l’ai pas vu une seule fois ouvert.
Ceux qui auraient pu se révolter à l’annonce du verdict n’ont aucun intérêt à ce que ça change. On ne peut plus dealer tranquillement si la Bac occupe le territoire. Les flics ne sont pas l’ennemi numéro 1. C’est la bande d’en face qu’on a envie de buter, pas du bleu marine. Les émeutes, c’est pas bon pour le business.
Les manifs non plus et voilà le deuxième évènement de la semaine. Une initiative qui me réconcilie avec ce que j’écrivais dans le livre. La presqu’île d’Argonville n’est pas épargnée par la violence. Mais elle ne baisse pas la tête. Un « collectif du 29 juin » est né cette semaine avec pour objectif construire des « actions pour désamorcer la violence ». Ils sont une cinquantaine d’habitants à l’origine de ce mouvement. Vendredi 9 juillet à 18h30, leur première action sera de se recueillir en mémoire de Maxime tué par balles le 26 juin. Puis ils organisent une marche avec un programme limpide : « L’espace public et les lieux de sociabilités sont désertés et la ville se vide de toute la riche animation qui la caractérise traditionnellement. Alors, habitants et professionnels, nous avons décidé de parler, de dialoguer encore et encore puis de passer à l’action et de réinvestir, avec toutes les classes d’âges, l'espace public de notre ville. »
Je ne sais pas quel sera le succès de ce rassemblement mais il prouve au moins que les habitants des cités refusent de se terrer et de laisser le terrain aux gangs et à la bêtise armée. Il reste des raisons de ne pas désespérer d’Argonville.
07:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : villers le bel, les carreaux










